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Mehdi Tarzaim

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mtarzaim : Otaku et Geek -_-'

Goddess of Victory never smiles to me ... she SLAPS me ! [Poppu - Dai no Daiboken 27]
4/17/2009

Le jeu vidéo est-il un art ?

Ce billet est en fait un ensemble de réponses que j'ai posté sur un article de Oniromancie, un site de création de jeux vidéo (principalement RPG).

Le sujet porte sur la définition de l'Art et son application au Jeu Vidéo. Pour des raisons de compréhension, j'ai modifié mes textes pour en faire un seul tenant, reprenant les interventions des autres posteurs dans ma prose. Je remercie par ailleurs les autres posteurs. Bien que je ne sois pas forcément d'accord avec leur argumentaire ou leur vision des choses, c'est toujours agréable d'avoir des interlocuteurs qui vont au fond des choses, et qui apportent un éclairage nouveau sur un sujet qui nous passionne.

Vous pouvez suivre l'intégralité du débat ici : http://www.rpg-maker.fr/index.php?page=articlesperso&id=343&Oniro_forum=c75d600f60605cc4b0bd0268cf54651c

Je le publie sur mon blog, car cela reste intéressant de s'interroger sur ce qui fait l'Art, et comment le Jeu Video peut y prétendre. Et puis, ça change de mes geekeries habituelles.


Tout d'abord, donnons des exemples qui parleront plus aux néophytes, au lieu des blockbusters fétiches aux hardcore gamers.
- Auditorium http://www.playauditorium.com
Ca c'est un jeu artistique, de son concept à sa réalisation. Cela devrait vous parler plus qu'un enième super soldat qui tue tout ce qui bouge parce qu'il sont méchants et que c'est un gentil (désolé pour les fans, mais Metal Gear Solid se résume d'abord à ça). 

- Understanding games http://www.pixelate.de/games/understanding-games
C'est en anglais, mais la démarche est excellente. A faire au moins une fois si vous voulez créer des jeux vidéo. 

- Eyezmaze   http://www.eyezmaze.com
Un site de puzzle, dont le graphisme minimaliste mais pourtant détaillé, ainsi que l'imagination débordante du son auteur, rend incontournable pour qui veut parler d'art dans le jeu vidéo. Ce n'est pas seulement une approche artistique faussement naïve, c'est aussi une expérience vidéo ludique très intéressante, où chaque clic nous entraine un peu plus dans l'imaginaire du créateur.


Ensuite, voici ma réflexion profonde (profondément quoi ? ) sur l'Art, et mon approche du jeu vidéo comme Art  potentiel.


Le jeu vidéo puise ses mécaniques dans celle du livre, de la musique, du cinéma, de la peinture, de la sculpture, etc.
En gros, le jeu vidéo englobe toutes les autres formes d'art l'ayant précédé, tout comme le cinéma englobe toutes les autres formes d'art l'ayant précédé, tout comme la peinture, tout comme l'écriture, et tout comme la musique (reste à savoir qui est apparu en premier, la musique à travers les chants des premiers hommes ou la peinture à travers les dessins rupestres, à moins de considérer les arts rupestres comme une forme d'écriture et que la musique a besoin d'un langage écrit pour être structurée).
Pourquoi une création englobant des formes d'art ne serait-elle pas un art elle aussi ?

Le film demande bien de la musique, des décors, des vêtements, une réflexion sur les jeux de lumière, sur les angles de vue, une narration, des dialogues, etc.
Le jeu vidéo s'appuie également sur tout cela, mais en prime, il ajoute une dimension supplémentaire : l'interactivité, et la difficulté qui en découle, obliger le joueur à vivre l'histoire en lui laissant croire qu'il est libre de la modifier.

Qu'est-ce qu'un art en réalité ?
Je dirais que c'est une perspective qui n'existe que le médium observé, et pas dans les médiums inclus.

Dans l'exemple du cinéma, il s'agirait du montage.
Le film a besoin des médiums qu'il englobe pour être vraissemblable (i.e de la musique, des décors, des images, des angles de vue, un scénario, des personnages, etc.),mais il doit aussi y ajouter un élément qui n'appartient qu'à lui, et pas aux autres formes d'art.
Pour moi, il s'agit du montage des séquences, afin de raconter et mettre en valeur tous les autres éléments, provoquant ainsi les émotions du spectateur.

Un grand peintre est capable de faire un magnifique tableau. Il est aussi capable de faire une succession de magnifiques tableaux décrivant une scène dans le temps. Mais sera-t-il capable de les lier entre eux pour les animer, leur donner vie, et mettre l'emphase sur ce qui essentiel pour la compréhension de ce qu'il veut montrer ? Pas sûr ...
C'est là que le cinéma devient un art : réussir l'osmophose entre tous les arts qu'il inclut, tout en les dépassant pour provoquer l'émotion chez l'observateur. Quelque chose d'unique, que seul le cinéma peut accomplir.

En appliquant cette logique au jeu vidéo (un art en plus, plutot qu'une somme d'arts existants par eux-même), son point fort est donc la manière dont les concepteurs vont obliger le joueur à suivre le film qu'ils ont monté, tout en lui laissant un minimum de liberté pour le faire.
Il s'agit donc de prévoir ce que va faire le joueur, ou mettre en place des mécaniques pour l'obliger à suivre le déroulement, tout en lui laissant l'illusion du controle.
Contrairement au cinéma, où le spectateur subit le film de A à Z, le jeu vidéo demande au joueur de s'impliquer dans l'histoire et son déroulement, la fin dépendant uniquement de ses capacités propres, et non du bon vouloir du réalisateur.

Bien sûr, on peut aussi considérer que le mix entre les différentes formes d'art qui composent le jeu vidéo demande aussi du talent, ne serait-ce que pour les concevoir.  Mais ces conceptions restent artistiques en dehors du jeu vidéo : un artwork sera toujours beau (artbook), une musique sera toujours envoutante (OST), une histoire sera toujours bien écrite (roman), un décor sera toujours réussi (rip de RTP, éditeurs de niveau).
Les formes d'art que le jeu englobe restent de l'art en dehors de lui.
Il n'y a donc pas d'artiste du jeu vidéo, parce qu'il sait dessiner des artworks comme un dieu. A ce moment là, c'est un peintre/dessinateur de talent, et son talent serait le même dans une galerie d'art que sur une pochette de CD.

Le vrai art dans le jeu vidéo se situe dans la capacité d'implication du joueur dans son aventure virtuelle (que ce soit RPG ou autre).
La célèbre scène de l'Opera dans FF6, où Celes se met à chanter dans un décor de carton-pate, sur la musique sublime de Aria, est une expression d'art. Non pas par les graphismes, minimalistes mais pourtant expressifs, ni dans la musique, excellente et d'une qualité rarement entendue pour l'époque (et encore aujourd'hui), ni dans l'écriture, transformant d'un coup une guerrière hybride en chanteuse sensible et talentueuse, mais bien dans la façon le joueur est amené à vivre cette scène, à travers les actions qu'il a dû entreprendre pour en arriver là.

Cet art là est renforcé par une scène quasi identique, lors de la fin du monde où, à présent seule sur une ile déserte à l'agonie, Celes décide d'en finir en se jetant du haut d'une falaise, toujours sur cette même musique. Du jamais vu à l'époque, et du rarement vu encore aujourd'hui (cf Eternal Sonata, qui tente de nous refaire le coup, en rajoutant du pathos inutile jusqu'à la nausée).

Cette scène aurait pu être très réussie dans un film, une musique, une peinture ou un livre, mais c'est dans la façon dont le développeur a réussi à impliquer le joueur pour cet instant crucial qui relève bien de l'art à part entière.
La cut-scène où la Terre est ravagée, le joueur s'éveillant dans une maison délabrée, sans sa clique de persos et sans connaissance du temps écoulé, la recherche de nourriture pour garder en vie la dernière personne en dehors de Celes, la mort de celui-ci et la prise de conscience de Celes sur sa situation, sa lente marche vers la falaise face à laquelle le joueur ne peut qu'assister impuissant, tiraillé entre acceptation de la lassitude de son heroine et son refus de laisser l'histoire s'achever ainsi.
On parle ici de storytelling : la manière de faire vivre une histoire et susciter des sentiments.

Si le jeu vidéo est une forme d'art, elle se situe indéniablement ici : l'art de faire vivre une autre vie comme si c'était la sienne.

C'est en fait le point commun à toutes les autres formes d'art, preuve supplémentaire du potentiel artistique du jeu vidéo. Peinture ou film, musique ou livre, chacun de ces arts nous entraine dans son propre univers, que ce soit pour une minute ou une journée, nous faisant oublier notre propre existence.


Mais les jeux vidéo en sont encore à leurs balbutiements d'un point de vue artistique, et ils suivent assez bien (et assez vite) l'évolution de la peinture avant lui (on peut même appliquer cette évolution au cinéma). On passe ainsi de l'art primitif avec ses pixels hypertrophiés à la renaissance avec le photo-réalisme des productions Next-Gen. Certains jeux comme Killer7 ou No More Heroes, s'engage dans l'art contemporain de part leur parti-pris graphique épuré, voir symbolique.

Un exemple massue pour mon argumentaire plus haut : Super Mario Bros.

SMB c'est quoi ?
Un plombier qui fait des sauts de 10 mètres, aplatissant des champignons méchants et mangeant des champignons gentils pour retrouver sa taille, le tout pour sauver une princesse quelconque d'une tortue mutante zoophile (ben oui, une tortue attirée par un humain, c'est de la zoophilie pour les tortues normales).
... Bien débile, non ?

En cinoche, ça donnerait quoi ? -> On sait déjà. Ce serait ridicule.
En peinture ? Même chose (encore que, certains fanarts parodiques sont pas mal)
En musique ? Le thème est sympa, mais n'a aucun impact en dehors du jeu lui même. Mélodie de supermarché au mieux.
En livre ? Même JK Rowling ne voudrait pas d'un pitch pareil (désolé, j'ai pas pu m'en empêcher ! :p )
Les éléments de SMB, pris séparément, ne valent strictement rien d'un point de vue artistique.

Pourtant, comment expliquer que le tout soit aussi agréable à jouer/vivre, que les musiques soient aussi cultes, que le design soit aussi intemporel, que le personnage soit aussi incontournable ?
Je pense que c'est là où se situe l'art du jeu vidéo : faire que le Tout dépasse de loin la somme de ses parties. Miyamoto a eu une vision, une vision tellement visionnaire que personne, même aujourd'hui n'aurait pu faire pareil, si Mario Bros n'avait pas montré la voie. Je pense pouvoir vraiment parler de génie artistique, tant tout dans SMB fonctionne à merveille, malgré la médiocrité des éléments qui le compose.

SMB n'existe que sous forme de jeu vidéo.
Tout autre médium échoue à atteindre le même niveau de plaisir.
Nous avons bien là une forme d'art propre au jeu vidéo, une valeur ajoutée qu'aucun autre art ne peut égaler.
C'est donc une preuve supplémentaire qu'il y a bien un art du jeu vidéo.


Je n'ai évidemment pas la culture artistique que beaucoup semblent avoir. Je n'ai pas fait les études de lettres pour ça, car cela me m'a jamais attiré.

Mais je considère qu'un des critères majeurs pour juger de la qualité d'une œuvre, c'est le travail nécessaire pour en obtenir le résultat.

Dans le cas de la Fontaine (Urinoir renversé, présenté volontairement comme une œuvre d'art pour remettre en question la définition d'Art), si la démarche est intéressante, la valeur de l'œuvre en elle-même est nulle (dans le sens zero euros). Cette œuvre aurait plus sa place dans une exposition sur la définition de l'art, que dans une galerie d'art.
Le simple fait de voir les prix adjugés aux "œuvres" de la vente du siècle chez Christies me dégoute de l'Art tel que la haute société le conçoit (l'important, c'est le prix). Les œuvres d'art seraient non imposables, permettant aux trop riches de payer moins d'impôts en plaçant leur argent dans des oeuvres qu'ils revendront plus tard. Pourquoi pas, mais il y a mieux à faire de son argent que de le claquer dans des astuces anti-fisc.
Je ne peux m'empêcher de considérer les artistes (vivants, pas ceux qui sont morts bien sûr) d'être complice d'une gigantesque escroquerie.
Une peinture avec 3 carrés de couleurs vendus des millions d'euros, c'est juste du n'importe quoi.

Les jeux vidéo, demandant une quantité assez conséquente de travail (dans tous les domaines), remplissent déjà ce critère de jugement.
Et aux dernières nouvelles, ils ne sont pas vendus 1 M d'euros pièce. Vient la notion de rareté : un modèle unique sera toujours plus précieux qu'un programme duplicable à l'infini. Mais la somme de travail pour aboutir à l'un ou l'autre est équivalente, pour ne pas dire supérieure, le créateur ayant du déployer des trésors d'ingéniosité, pour conserver sa vision de son oeuvre à travers les contraintes techniques, quelles qu'elles soient.

D'ailleurs, pour parler d'interactivité, le spectateur n'est en rien interactif avec la peinture/sculpture qu'il observe. Le dernier qui a essayé, c'était une cambodgienne qui a embrassée une toile, et elle a fini avec une sale amende (ça donne envie, ce genre d'interactivité).
Tant que l'observateur ne peut réellement laisser son empreinte sur (l'exemplaire de) l'oeuvre, il n'y a pas d'interactivité.

Il existe bien des oeuvres dites interactives, surtout dans l'art mobilier ou d'extérieur, mais ça reste à mes yeux gadget. C'est plus un moyen pour l'auteur d'être qualifié d'artiste en prenant son public à contrepied (Julien Doré inside). Et de toute manière, cela mérite rarement le prix affiché, surtout que l'oeuvre intéractive ne l'est que temporairement, puisqu'il faut bien rangé une fois l'exposition fini. C'est juste un gros jouet, n'apportant pas plus qu'une partie de flipper.
D'ailleurs, on peut aussi se questionner sur la pertinence du talent d'un seul artiste, qui s'appuie sur le talent des autres pour remplir son oeuvre (il ne fait que donner un tableau blanc au public, et attendre que les biftons tombent à la fin).

Un jeu vidéo a au moins le mérite, dans le cas des simulations type Simcity ou level-editors type RPG maker, de mettre à disposition des outils spécialement conçus pour maximiser les capacités créatrice de l'observateur. Il y a du boulot derrière, avec un paquet de réflexion et d'analyse. Et en prime, le joueur en reste propriétaire, alors que l'oeuvre interactive reste la propriété de l'artiste.
Donc, dans ce type de cas, et au regard de ma sensibilité : Jeu Video >>>> art contemporain.


Pour résumer.

Le Jeu Video n'est pas un art car :

- Il est encore trop jeune. A peine 40 ans, là où l'Histoire de l'Art s'étale sur des millénaires. On remarquera néanmoins que l'art vidéoludique suit la même évolution que la peinture, de la représentation brute de l'art primitif (Pong), à la recherche du photo réalisme (FF13) ou du symbolisme (Ico, Killer7, etc.)

- Il est avant tout commercial ou ludique. Bien qu'il soit possible de créer un jeu vidéo pour l'amour de l'art, la première raison d'être d'un jeu vidéo est l'amusement/l'argent. On parle bien d'industrie vidéoludique, à l'opposée d'une industrie de l'Art.

- Le Jeu Vidéo s'appuie avant tout sur les autres arts qu'il englobe pour être artistique. Sans graphisme, sans musique, sans mise en scène, sans écriture, le jeu vidéo n'existe plus.

MAIS, le Jeu Vidéo peut être un art car :

- Il apporte un niveau supplémentaire, l'interactivité, que les autres arts qu'il englobe ne peuvent atteindre. Un film pourra être le meilleur du monde, une peinture la plus parfaite qui soit, une musique la plus enivrante qui existe, aucun ne pourra proposer autant d'interactivité que le plus médiocre des jeux vidéo.

- Il apporte une nouvelle manière de découvrir l'univers de l'artiste. Le spectateur devient acteur, influant plus ou moins sur l'histoire du jeu, mais toujours dans les limites fixées par le créateur. Une fois la session de jeu terminée, le joueur aura sa propre mémoire de son expérience du jeu. Tout comme une peinture est une porte ouverte vers l'univers du peintre, comme peut l'être un film ou une musique, le jeu vidéo offre le même voyage vers une autre vie, plus ou moins long, plus ou moins intense, mais propre au joueur/spectateur. Le Jeu vidéo possède donc le même point commun que tous les autres arts (oublier sa propre existence le temps d'un regard), ce qui en fait donc un art lui aussi : l'art de faire entrer autrui dans son monde intérieur.

- Il peut être supérieur à la somme des arts qu'il englobe (cf Super Mario Bros), preuve qu'il existe bien un élément propre au Jeu Vidéo qui n'existe pas ailleurs, lui permettant de transcender sa condition de somme d'arts. Plus que l'interactivité, le jeu vidéo offre la vision de son créateur à ceux qui s'y implique. Cette vision génère cette valeur ajoutée, appelée "plaisir" au sens large, indépendante de la qualité des arts sur lesquels le jeu vidéo s'appuie.

- Il demande beaucoup de travail pour exister, nécessitant la même somme de créativité et de réflexion que tous les arts qu'il englobe. C'est donc au minimum un travail commun de plusieurs artistes, chacun dans son art. Il y a donc bien une démarche artistique, autant dans la création de chacun des éléments qui le compose que dans l'assemblage de ces éléments pour former un tout homogène.

- Il peut être détourné de son usage premier par ses utilisateurs, alors qu'il n'a pas été conçu dans cette optique. Les MMORPG peuvent ainsi  tourner des films, Second Life permet la création virtuelle d'objets artistiques libérés des contraintes du monde réel, des éditeurs de niveaux sont utilisés pour créer un genre différent de ce qu'ils étaient censés faire (faire des jeux de plateforme avec RPG Maker). Les utilisateurs se réapproprient leur jeu, pour en faire autre chose, généralement une autre forme d'art, comme ils le feraient avec des musiques à remixer ou des montages de film.

3/15/2009

Alaï & Varax : rouage et poussière

[Voici la rencontre fictive entre mon elfe noir et mon chaotique.
L'un comme l'autre recherche des alliés pour atteindre leurs buts.
Mais là où Alaï travaille pour son seul intérêt, Varax a une vision plus large des tenants et des aboutissants.
De quoi remettre les choses en perspective pour l'ambitieux elfique ...]
 
Une fois de plus, on se détournait de lui.
L'élu du chaos n'avait même daigné lui adresser la parole.
Au moins, on lui avait épargné les sarcasmes des tentatives précédentes (qui ne seront ni oubliés, ni impunis, foi de Druchii).
Mais une fois de plus, le "courant" ne passait pas entre lui et ses interlocuteurs.
 
Poursuivant sa mission -diplomatique- chez les alliés des elfes noirs, Alaï était maintenant en Terres du Nord.
Toujours décidé à compléter sa force par des capacités inconnues de ses frères, il profitait de ses prérogatives pour sonder les rangs des humains chaotiques.
Trouverait-il un être suffisamment fort pour lui être utile, mais suffisamment faible pour être manipulé ?
Alaï ne doutait pas de cette dernière condition.
 
Tous ces hommes, mais pouvait-on encore les qualifier ainsi, avaient plus ou moins succombé au Chaos.
Preuve de leur faiblesse d'esprit, ils s'étaient abandonnés aux flux noirs, corps et ames.
Ils n'étaient rien de plus qu'un animal domestique, esclave d'une entité aussi changeante que l'océan, dépossédé de la moindre réflexion personnelle.
Alaï était certain de pouvoir les contrôler à loisir. Après tout, qui pourrait refuser l'alliance avec un puissant elfe noir tel que lui ?
En revanche, l'apparence posait quelques limites aux critères de sélection.
Un gobelin passait encore, au pire il suffisait de respirer par la bouche pour en amoindrir les effluves.
Un chaotique était plus ennuyeux.
Certaines mutations étaient proprement ragoutantes, sans parler de la sauvagerie naturelle de ces sous-êtres.
Dénués de manière, de sens de l'hygiène ou même de goût vestimentaire, certains étaient de véritables repoussoirs, même selon les standards pervers des Druchii.
Pas question de s'afficher, même dans une relation maitre-esclave, avec les fidèles de Nurggle, des nids à mouches au sens premier du terme.
Les adorateurs de Khorne auraient fait de parfaits candidats, sauf que leur individualisme forcené empêche toute alliance acceptable (le genre d'alliances où l'elfe noir ordonne et les autres obéissent).
Les suivants de Slaneesh avaient leurs avantages, et pas qu'au combat. Mais ils s'abandonnent trop à leurs passions charnelles, les rendant peu fiables dans la durée.
Restaient les élus de Tzeench, le Dieu du Changement, paradoxalement les moins instables de tous, et donc les plus à même de lui convenir.
 
Mais plus qu'ailleurs, les mutations étaient la norme chez le Dieu Corbeau.
Rare étaient ceux qui ressemblaient encore à quelque chose, après quelques temps de service.
Et parmi ces raretés, aucun ne semblait s'intéresser à un envoyé Druchii.
Las de ces refus, Alaï s'assit sur le reste d'un tronc, trop plongé dans ses pensées pour s'occuper des va-et-viens d'un camp de guerre en effervescence.
 
Au bout d'un temps qu'il ne saurait définir, l'elfe noir se rendit compte que quelqu'un l'observait.
Levant doucement les yeux pour scruter les environs, sans bouger le reste de corps pour ne pas éveiller les soupçons, il remarque alors un maraudeur.
Le visage derrière un casque encore plus impénétrable le sien, Alaï eut toutes les difficultés du monde à savoir ce qu'il voulait.
Le regarde-t-il lui, ou ce qu'il y a derrière lui ?
Est-il en train d'essayer d'établir un contact, ou cherche-t-il à le provoquer ?
Est-il seulement en train de le regarder, ou regarde-t-il bêtement dans sa direction, comme un poulet devant l'horizon ?
Faute de certitude sur ses actions, l'elfe noir entreprend de jauger le maraudeur.
De taille conséquente, musculeux, il ne présente pas de mutation particulière. Même ses vêtements sont de bons goûts, du moins comparés à ses semblables.
Il ferait un allié intéressant, apportant à Alaï la force brutale qui fait naturellement défaut aux elfes.
Barbare dans l'âme, les maraudeurs sont de puissants guerriers, s'adaptant à l'ennemi grâce aux mutations, à la force aussi grande que leur intellect est petit.
En somme, un parfait candidat pour un elfe noir en mal de serviteur.
 
N'étant pas adepte des statu-quo, Alaï décide enfin de montrer au Maraudeur qu'il l'a remarqué, en regardant celui qui semble le dévisager depuis un moment.
Le maraudeur réagit, marchant alors dans sa direction.
Semblable à un arbre se mouvant lourdement, Alaï se félicite de son jugement : tout en lui respire la puissance physique, de quoi intimider plus d'un ennemi.
Le barbare se plante devant l'envoyé Druchii, son ombre englobant totalement ce dernier, puis s'adresse à lui d'une voix grave et calme.
"Le bruit court qu'un elfe parle beaucoup trop pour un elfe. Que cherches-tu dans nos terres ?"
Au moins, celui-là sait articuler plus de trois mots, pensa Alaï. Un bon point de plus.
"Je suis ici pour m'enquérir de vos avancées. Je ne fais donc que mon travail."
"Alors pourquoi ne pas le faire comme tous tes prédécesseurs : regarder de loin et marmonner tout bas ?"
Aïe, celui-là a de la cervelle. Un mauvais point pour lui.
"Les autres ont leurs méthodes. Moi, j'ai les miennes. Voir ne suffit pas, il faut comprendre."
 
Alaï se surpris lui-même. Non pas que sa réponse soit un mensonge, tous les Druchii auraient sorti quelque chose de similaire, mais que ce soit en fait la vérité !
Depuis son incursion dans le monde non-civilisé (tout ce qui n'est pas une arche noire donc), Alaï s'était frotté à la diversité.
Beaucoup de choses étaient différentes que ce qu'il avait jusqu'alors cru. Et pour mieux les utiliser, il fallait les comprendre, pas seulement les voir.
 
Le barbare le sortit de son introspection.
"Sais-tu pourquoi tu es ici ?"
"Pourquoi ? Parce qu'on le l'a ordonné, et que je l'ai accepté.", répondit l'elfe noir, feignant le zèle.
"Non. Tu es là parce qu'IL l'a décidé.", rétorqua le maraudeur, la voix soudain plus sermonneuse.
D'accord.
L'emphase sur le IL ne laisse pas de doute. Ce maraudeur est un illuminé fanatique.
Un outil de plus pour le manipuler ... ou pas.
 
"C'est SA volonté qui t'a amené ici. C'est SA volonté qui m'a amené ici. Et c'est par SA volonté que je me joins à toi."
Cette dernière phrase inquiéta Alaï. Il n'avait jamais parlé d'alliance. Ni à lui, ni aux autres.
"Pourquoi crois-tu que j'accepterai cette alliance, si alliance je cherche.", sonda Alaï.
"Qu'importe tes choix. Tout est SA volonté. S'IL ne veut pas que je me joigne à toi, IL me le fera savoir."
"Par ta mort ? Une façon bien radicale de gérer ses ouailles ...", ironisa l'elfe.
"Ma mort comme ma vie servent SON dessin. Quelque soit mes choix, ou les tiens, IL les a déjà prévu. IL est celui qui nous les a insufflé."
 
Cette conversation prenait une tournure des plus déplaisantes pour l'elfe noir.
Lui, manipulé par un autre, fusse-t-il divin ?
Il ne sert qu'un seul maitre, lui même. Et malheur à celui ou celle qui tentera de le faire danser, dieu ou pas.
 
"Les elfes noirs n'existent que par la volonté du Chaos. Vous avez été créés ainsi par SA volonté. Tout comme moi, tu sers SON ambition."
Ce barbare venait de toucher un point sensible. La scission des elfes et la manière de vivre des elfes noirs portaient clairement la marque du Chaos.
Les elfes noirs sont trop occupés à ne pas se laisser manipuler par eux-mêmes, pour prendre en compte les plans des divinités chaotiques.
Mais Alaï était différent. Il était à part. Il avait une grande destinée.
"Ton prechi-precha sonne creu à mes oreilles. Rien ne m'empêche de te tuer séance tenante. Alors pourquoi voudrais-je m'allier à toi ?", répondit sèchement Alaï.
"Parce que tu es comme moi : différent des autres. Tu portes en toi la marque du changement. Petite ou grande, ta destinée est à SON service."
 
Alaï en resta coit. Cette montagne malodorante pouvait-elle lire ses pensées ?
Il commença alors à considérer son existence sous un angle beaucoup plus large.
 
"Imaginons ... Imaginons que je sois effectivement la marionnette de ton corbeau. Serait-ce un mal si je devenais le roi de ce monde ?", interrogea le Druchii.
"Non, car ce serait SA volonté. Ton ascension comme ta chute sont déjà prévues. L'ambition qui te dévore est un feu nourri par SA main."
"Et ça ne te dérangerais pas que ce soit moi, et non toi, l'élu de ton Dieu ?", impliqua alors l'elfe noir.
"Non. Car je sers un plan plus grand, de ma naissance à ma mort, et même avant et au delà. Je suis un tout, une raison d'être.
Mon ambition est la SIENNE : vaste comme le ciel.
Mon succès sera le SIEN : éternel comme le soleil.
Tu ne te bats que pour ton intérêt en tête.
A ta mort, tout ce que tu auras accompli sera détruit par les autres.
A ma mort, tout ce que j'aurai accompli continuera d'exister, à travers ceux qui me remplaceront.
J'aurai été utile, rouage essentiel d'une machinerie cosmique.
Tu n'auras servi à rien, poussière dansant dans la brise, se croyant maitresse des vents."
 
Hé bien ... Après un gobelin roublard, voilà que l'elfe noir tombe sur un sauvage philosophe.
Sa rhétorique est bien rodée. Alaï s'étonne qu'il n'ait pas choisi la voie des cultistes. Il aurait eu beaucoup de succès.
Mais trêve de dissertation, qu'il ait raison ou tord ne change rien au final pour le Druchii.
Alaï sera le roi des rois, que ce soit ou non la volonté d'un corbeau inconstant.
Tant que ce lourdaud est persuadé du bienfondé de cette alliance, Il peut bien se justifier comme il veut.
Alaï n'a pas besoin d'en appeler à un dieu pour affronter le monde. Il est plus fort que ça.
"Point de vue intéressant. Dois-je en conclure que, si je propose une alliance, et quelqu'en soit le résultat pour toi, tu accepteras."
"Oui. Mais je ferai aussi mes conditions. Car mes pensées comme mes actes me sont soufflés par SA volonté."
Un moyen comme un autre pour dire : je ferai ce que je veux, et quand j'en ai envie.
 
Alaï lance alors au barbare une pierre précieuse.
"Ca nous permettra de nous contacter l'un l'autre. Je compte bien utiliser tes talents à ma guise, contre nos ennemis communs. Cela te convient-il ?"
"Cela me convient, à condition que cela marche dans l'autre sens. Je n'ai qu'un seul maître, et ce n'est pas toi. Nous ne sommes que deux outils, de même valeur."
"Oui, j'avais compris. Je me nomme Alaï Ten'etri. Je te propose une association."
"Je suis Varax Voiecertaine. J'accepte ton association. Puissions-nous apporter le changement partout et en chacun."
 
Les deux guerriers hochent la tête, puis s'éloignent l'un de l'autre, chacun retournant à ses missions premières.
"Et je compte bien garder ta tête en trophée, pour que tu contemples de toi même l'empire que j'aurai bâti grâce à TON ambition.", termina Alaï en pensée.
"Et je compte bien débarrasser le monde de ses vieilles reliques inutiles, dont ton espèce fait partie, grâce à TON ambition.", termina Varax en pensée.
 
Ambition contre ambition, le Druchii et l'homme du Nord se battront pourtant cote à cote.
Jusqu'à ce que l'ambition de l'un ... dévore celle de l'autre.

Alaï & Razzmott - Trok

[Et voici la justification à l'entraide que s'apporteront en jeu mon chasseur de squig et mon garde noir.
Une association de circonstance, pour le meilleur (pour eux) et pour le pire (pour les autres).]
 

"..."
Alaï surplombait la bataille qui faisait rage à quelques lieues de lui.
Il restait plongé dans ses pensées, alors que la guerre entre les orques et les nains s'étalait dans toute sa violence sauvage.

Clairement en sous-nombre, les nains tentaient vaillamment de repousser la marée verte qui s'écrasait sur leur forteresse.
Malgré une appréciable intelligence, les tactiques des barbus ne parvenaient cependant pas à faire fléchir l'assaillant.
Quelque soit le piège, quelque soit l'arme, quelque soit le résultat, les orques continuaient d'avancer, piétinant sans remord les corps tombés juste devant eux.
Ils se lançaient rageusement la tête la première, transformant tout leur être en boulet de canon, se heurtant frénétiquement à la défense désespérée des nains.
Ce n'était plus qu'une question de secondes avant que la forteresse naine ne tombe aux mains de ses agresseurs verdâtres.
Mais cette victoire totale n'avait rien de glorieuse : Des centaines de peaux-vertes étaient tombés pour chaque nain à terre.
Alaï dévisageait les futurs vainqueurs avec dégoût.

"... Des animaux ... Non, pire que ça ... Les animaux ont au moins l'instinct de préservation ..."
Fort de sa décision d'utiliser les caractéristiques des autres espèces pour servir son ambition, Alaï était parti en direction du continent, en tant que conseillé technique.
En réalité, il devait rendre compte de l'avancée des peaux-vertes, et s'assurer que ceux-ci garderont les nains bien occupés.
Sans le renfort des petits hommes, les Impériaux ne pourraient triompher des chaotiques, et les renforts elfiques seraient maintenus dispersés sur deux fronts.
Malgré toute la prétendue supériorité de leur armée, les elfes noirs avaient finalement besoin des autres sous-espèces pour vaincre.
Cette pensée fit sourire Alaï.
"Apparemment, je ne suis pas le seul à envisager le monde autrement ..."

Mais il y avait une différence néanmoins.
Là où ses supérieurs ne les considéraient que comme une diversion temporaire, Alaï voulaient s'en faire des alliés efficaces.
Hélas, le spectacle que lui donnait la Waaagh en marche anéantissait ses projets d'alliance.
Tout ceci était bien loin de la synergie naturelle qu'il avait vu en Ulthuan, entre l'humain, le nain et le haut-elfe.
Comment pouvait-il arriver à quelque chose de similaire avec de tels sauvages ?
 
"Toi aimer Waaagh ?"
La voix nasillarde et haut-perchée le fit brutalement sortir de ses pensées. On venait de le prendre par surprise, lui !
Il lança un vif regard circulaire, alors que sa main se portait prestement à sa lame, tandis que son autre bras brandissait son bouclier.
Il remarqua alors un gobelin qui le regardait "amicalement", si on considère que ce mot puisse s'appliquer à un tel visage.
Alaï se détentit, et remerçia sa bonne étoile de ne pas avoir été sur une arche noire.
Ses "frères" n'auraient certainement pas manquer l'occasion de se débarrasser d'un rival.
 
"Toi, pas taper ! Moi, gentil ! Moi, vouloir trok !" geigna le gobelin devant la posture menaçante du garde noir.
Les gobelins avaient naturellement peur, surtout des elfes, et donc de tout ce qui y ressemblait.
Et rien ne ressemblait plus à un elfe qu'un elfe noir. Alaï en prit note et décida d'exploiter la situation à son avantage.
"Du troc ? La seule chose que tu me donneras sera ta langue, et ta vie par la même occasion !"
Le garde noir avança, lame sortie, bien décidé à s'amuser un peu, quelque soit la transaction proposée.
Quoi qu'il ait à proposer, il suffira de tuer le gobelin pour s'approprier ses biens. Le seul trok sera l'amusement d'Alaï contre la vie de cette pitoyable créature.
Le gobelin commençait à reculer en agitant les bras.

"Kool ! Kool ! Toi rien gagner à tuer moi ! Moi gentil !"
Alaï n'était pas savant, mais il savait pertinemment que la gentillesse n'existait nullement chez ces créatures.
Il  continua d'avancer, se délectant de la peur de plus en plus forte de sa victime.
"Et qu'aurais-je à gagner à te laisser en vie ? Parle avant que tu ne le puisses plus jamais !"
Le gobelin bafouilla des explications, trop nasillardes pour être intelligible, même pour ceux de son espèce.
De toute manière, Alaï ne comptait pas lui prêter l'oreille, juste lui tendre son épée ... en travers de la poitrine.
 
Soudain, Alaï perçut un mouvement sur sa gauche.
Il pivota par réflexe, et sa lame fit face à la dentition d'un squig, sorti de nulle part.
Boule de muscles et de crocs, la ronde créature était connue pour son caractère vindicatif, et servait souvent de familier aux gobelins aguerris.
A peine a-t-il repoussé le vorace de son bouclier qu'une flèche ricocha contre son armure.
Le gobelin, visiblement un chasseur de squig, venait de le prendre pour cible.
Mais alors que le Druchii se remettrait en garde, maitre et serviteur avaient déjà disparu dans les rochers.
Le garde noir réalisa alors qu'il venait d'être piégé.
Une main à sa ceinture confirma sa crainte : on venait de lui faire les poches !

Depuis le début, le gobelin cherchait à le soulager de sa bourse, solidement attachée à sa taille.
Il avait attiré Alaï près de son squig, embusqué à mi-chemin.
Il avait ensuite décoché une flèche avec précision à sa ceinture, pour en faire tomber la bourse.
Le squig l'avait gobé dans sa chute, et tous deux s'étaient enfuis chacun de son coté.
Un plan astucieux, et parfaitement exécuté qui plus est.
Alaï devait le reconnaitre : ce gobelin l'avait eu en beauté.
Rien à voir avec ce qu'il avait vu jusqu'alors. Cet énergumène avait du potentiel.
Du potentiel ...
 
Ce qui suivit serait resté dans les annales du Vieux Monde, s'il y avait eu un témoin pour en rendre compte.
Le fier Druchii rengaina son épée ... et applaudit !
"Bravo ! Je m'avoue vaincu !
Tu as fait preuve de grande dextérité. Toutes mes félicitations !"
Le garde noir porta sa main à la garde de son épée, et en retira un talisman.
Il le posa ensuite sur le sol, et recula à bonne distance.
"J'aimerai, moi aussi, te proposer un trok. Un vrai, cette fois !"
Après un silence qui lui paru une éternité, le gobelin sortit des ombres devant les yeux amusés d'Alaï.
"Je me doutais bien, que tu trainais encore ici ..."
Le gobelin lança son squig gober le talisman, puis examina sa prise sous tous les angles.
"C'est bien un vrai. Et je peux en avoir d'autres."
"... Kontre koi ?" Le gobelin avait répondu du tac au tac. A l'opposé du geignard pataud qu'il avait joué.
Cela assura davantage Alaï sur la qualité de son interlocuteur.
"Contre ... tes services."
Le gobelin parut surpris, puis demanda.
"Toi gagner koi kom sa ?"
Il avait oublié d'être bête, contrairement à ces congénères.
"J'y gagne une aide dans cette partie du monde, et des compétences que je n'ai pas."
Le gobelin réfléchit, mimique à l'appui, son squig toujours en posture d'attaque envers l'elfe noir.
 
"Toi vouloir Tresors-ki-brillent-bokou, vrai ?"
Alaï manqua de tomber à la renverse.
" Tresors-ki-brillent-bokou" ... Un seul type d'artefacts pouvaient correspondre à cette description.
"Les trésors perdus des rois nains ..." laissa échapper l'elfe noir.
Les plus grands trésors des nains, conçus en partenariat avec les hauts-elfes avant la Guerre de la Barbe, finalement tombés aux mains des peaux-vertes il y a des siècles.
De tels artefacts, dont même Malékith n'ose rêver, viennent de lui être proposé par un vulgaire chasseur de squigs.
Qui sait ce dont il serait capable une fois ces légendes en sa possession ...
Alaï reprit son aplomb, non sans difficulté, et demanda avec tout le calme qu'il lui restait.
"Tu .. Tu pourrais me les fournir ... si je te paye assez ?.."
Le gobelin dévisagea son interlocuteur.
"Moi pas être fada ! Moi savoir koi arriver à moi si moi piker Tresors-ki-brillent-bokou."
Évidemment, c'était trop beau ...
"Mais moi pouvoir ouvrir portes. Si toi aider moi assez ... Moi pouvoir aider toi assez."
Ce nabot lui proposait une association, en bonne et due forme !

"Je suis Alaï Ten'Etri, garde noir de sa Noire Majesté. Je te propose ma fortune, contre tes informations."
Le gobelin mesura la proposition, puis imita grossièrement la postule solennelle de l'elfe noir.
"Moi Razzmott Petdanlkask, chasseur de squigs. Moi d'akord pour or contre infos. Mais vouloir aussi protektion."
"Protection ? C'est à dire ?"
"Si moi besoin toi, toi venir pour Waaagh."

Alaï réfléchit. Il recherchait un allié qui compléterait sa force.
Il avait trouvé un tireur d'élite, maitre d'une boule de muscle et espion à ses heures perdues ...
Voilà qui ferait l'affaire.
Il voyait déjà les archimages - ET les sorcières - tombant comme des mouches sous des flèches et des crocs sortis des ombres.
"D'accord, mais cela doit aussi marcher dans l'autre sens. Si j'ai besoin de toi, tu viendras."
"Venir où ? Dans autre pays ?"
La question surprit Alaï.
Il s'attendait plutôt à une augmentation de salaire de la part d'un être vénal par nature.

"Partout où j'aurais besoin d'un archer. Dans plein d'autres pays donc."
Razzmott fut satisfait de la réponse, petite danse à l'appui.
"Moi voir monde ! Moi voir jolies choses ! Moi loin des Big'boss !"
Apparemment, son nouvel allié aimait les voyages ... et n'aimait pas ses congénères.
Encore une étrangeté à mettre sur le compte de la Nature.
 
Alaï lui lança une pierre précieuse, rattrapée au vol par le squig, qui la présenta à son maitre, non sans l'avoir mâchouillée.
"Ceci nous permettra de nous rencontrer. Serre-la fort en pensant à moi, et je devrais pouvoir te répondre."
Razzmott regarda la pierre, puis la saisit et la serra en marmonnant dans sa barbe.
La pierre du garde noir se mit à briller à son tour, et la garde noir entra en contact télépathique avec le gobelin.
Il en lâcha la pierre de surprise, mais la reprit de suite, visiblement ravi de l'expérience.
Razzmott la plaça dans sa bouche, au grand dégout d'Alaï, prétextant que ce serait la plus sûre cachette possible.
L'elfe noir n'en douta pas.
L'haleine du gobelin empestant d'ici, personne n'oserait ne serait-ce qu'y jeter un oeil de plus près.
 
Et ainsi commença, la plus improbable des associations, chacun croyant duper l'autre ...

3/13/2009

Alaï Ten'Entri - Garde noir Angoisse sur WAR FR


[Dernier perso en liste, mon avatar elfe noir est un garde noir, spécialisé en Angoisse (affaiblir les magiciens) !
D'un point de vue gameplay, ce sera la terreur des archimages et autres utilisateurs de magie, car leurs sorts n'auront que peu d'effets sur lui, alors que ses attaques amputeront leurs capacités offensives et défensives.
Ce sera aussi intéressant en solo, puisqu'il aura moins à craindre des monstres, étant un pur tank, et donc pourvu d'une grosse défense et bourré de points de vie.
Ce sera amusant de le mesurer à d'autres classes, comme le sorcier flambloyant, car capable de contrer leurs sorts à aire d'effet.
Enfin, d'un point de vue roleplay, son histoire me permet de camper le personnage et d'expliquer comment un druchii pur souche
va se retrouver allié à un chasseur de squigs malicieux et à un maraudeur philosophe.]
 
 
La sorcière Druchii faisait les cents pas dans une des nombreuses salles de l'une des nombreuses arches noires.
Elle éructait comme cent nains, couvrant d'adjectifs peu flatteurs les subordonnés qui avaient causé le terrible fiasco de son plan pourtant infaillible.
Ses congénères la laissaient cracher sa bile, en attendant de pouvoir reprendre le fil de la discussion.
 
Quelques heures plutôt, la sorcière en question avait fait cavalier seule.
Pendant que le gros des troupes attaquaient comme à l'accoutumée la position de leurs cousins blancs, elle avait pris l'initiative de mener ses hommes (et une partie issue des autres contingents) dans une attaque de contournement.
Exploitant un dédale de cavernes dont elle avait eu vent, elle comptait prendre à revers le camp retranché, et s'attirer les faveur de leur roi-sorcier par sa victoire éclatante.
Hélas, elle avait sur-estimé son sens de l'orientation souterrain, et elle avait finit par éparpiller sa garnison à chaque carrefour.
Un de ces groupes était néanmoins arrivé à la sortie prévue.
Mais avant qu'ils ne fassent demi-tour pour passer le mot sur le chemin à suivre, ils avaient chargé deux vermiceaux, un nain et un humain, arrivés là on ne sait comment.
Non seulement ils avaient fait passé leur plaisir avant leur obligation ...
Non seulement ils avaient péri lamentablement, malgré leur supériorité quantitative et qualitative ...
Mais en plus, cela avait alerté les Haut-Elfes de ce qui se tramait derrière leurs lignes !
La sorcière s'était donc faite cueillir par un contingent ennemi dès son arrivée à la surface.
Elle n'avait dû son salut qu'à son intelligence supérieure (en langage druchii : prendre la fuite pendant que ses hommes se font taillés en pièces).
Maintenant, elle devait répondre de son échec devant ses pairs, d'où sa diatribe contre toutes les créatures du vieux monde.
 
Lasse de ces gesticulations, la doyenne du groupe interrompit sèchement le spectacle.
"Il suffit !
Tes jérémiades nous importent peu.
Tu as voulu une victoire que tu ne méritais pas. Et ton incompétence est apparue aux yeux de tous, y compris à toi-même.
Je te renvoie aux détachements d'arrière-garde."
Les sorcières de l'assistance sourirent intérieurement. "Une rivale de moins" pensèrent-elles à l'unisson.
"Mais ... Mais ... Ce n'est que de la malchance !
Si ces sous-êtres ne s'étaient pas montrés à cet instant précis, jamais ..."
"C'était TA responsabilité de prévoir la chance !
Une guerre ne se gagne pas par la volonté ou la force, mais par la préparation !
Et être préparé implique que les autres le soient AUSSI !
Tu as voulu agir seule ? Voilà le résultat : des pertes doublées alors que nous aurions pu les écraser aujourd'hui !"
La sorcière se tint coite.
Mieux valait qu'elle garde le silence, la doyenne était capable de la liquéfier d'un battement de cils.

Ses pairs se raidirent elles aussi.
La doyenne avait lancé un avertissement à toutes.
L'armée Druchii était sans conteste la plus puissante, mais elle pêchait sur un point essentiel : l'individualisme exacerbé.
Comment mener une invasion quand vos généraux jusqu'à vos soldats sont plus occupés à se trahir entre eux qu'à occire l'ennemi ?
La doyenne avait la responsabilité de ce front, et elle ne voyait que trop bien le désastre annoncé.
Une part non négligeable des pertes Druchii avait lieu en dehors des combats.
Morts mystérieuses, disparitions suspectes, maladies foudroyantes ...
La moindre victoire apportait son lot de traitrises et de coups de poignard dans le dos.
Sans compter les sacrifices "obligatoires" à Khaine, le Dieu du sang.
Il fallait maintenir la cohésion, par le seul moyen efficace chez les elfes noirs : la disgrâce, précédant toujours une mort douloureuse.

Après un lourd silence, la doyenne leva le conseil, assurée que le message était compris par tout le monde.
Tous partirent vaquer à leurs occupations.
Une seule ombre resta dans la salle.
 
Alaï Ten'Etri, garde noir de son état, restait plongé dans sa réflexion.
La silhouette, engoncée dans une armure aussi sombre qu'imposante, avait suivi le débat avec intérêt, sans que les sorcières ne s'y intéressent.
Parti lui aussi avec l'accusée dans son aventure souterraine, il était resté à l'écart quand son groupe avait décidé de "casser du nabot".
Il avait craint que le bruit du combat n'attire des guerriers de l'ombre, et qu'il ne se retrouve avec une flèche en travers des yeux.

Il avait eu en partie raison, puisqu'un archimage, assez médiocre, était entré dans la bataille.
Ce trio improvisé n'aurait jamais dû survivre. Mais ils avaient abattu quatre elfes noirs entrainés.
Comment était-ce possible ?..
 
Alaï repassait le combat dans sa mémoire, et arriva à la conclusion suivante : C'était imprévisible.
La mise à mort fulgurante de la sorcière par l'humain, l'esprit retord du nain et la tenacité de l'archimage ...
Il avait été incapable de prévoir qui allait faire quoi, et était finalement resté un témoin distant de la scène.
Aurait-il fait mieux que ses compagnons ? Certainement, mais cela n'aurait pas fait grande différence.

Le combat contre le garde noir était une belle illustration de l'énigme.
Ce dernier les supplantait sur tous les tableaux : force, technique, équipement, savoir, maîtrise.
Tous sauf un : il ignorait comment les combattre. Et toutes ses attaques se brisaient sur leur pugnacité.
Quand ce n'était pas l'humain qui faisait sauter son armure avec ses balles, c'était le nain qui lui envoyait une grenade.
Alors que le nain l'assommait à coup de clé à molette, l'humain mettait le feu à ses vêtements avec sa torche.
Malgré sa science du combat et son équipement, le garde noir ne trouvait pas de faille, de logique dans leurs attaques.
Parfaitement entrainé au style de combat précis et fluide des combattants elfiques, il savait comment interrompre une danse, un chant, un mouvement.
Mais il était désarmé face à l'imprévisibilité du duo. Ils semblaient capables de l'impossible.
Aucune garde, aucune position, aucune technique ne marcherait contre eux.
Chaque attaque de l'un offrait une multiplicité d'ouverture à l'autre.
Ce duo était plus que complémentaire. Il était exponentiel.
Ce dernier mot illumina l'esprit d'Alaï comme jamais.
"La voilà, l'autre voie que j'ai tant désirée !" lacha-t-il dans le secret de son casque.
 
Alaï Ten'Etri était un mâle elfe noir.
Dès sa naissance, sa vie se résumait à deux choix : servir pour mourir bientôt, ou mourir tout de suite.
Faisant montre d'une résistance magique peu commune, il avait intégré les gardes noirs, protecteurs du roi-sorcier.
Son armure aux reflets de ténèbres, son entrainement intense et sa volonté inflexible lui donnait une endurance à toute épreuve.
Il était une machine vivante, inébranlable, inarretable ... et à jamais inacceptable dans un poste élevé.
Il serait toujours un sous-fifre, allant au devant de l'ennemi, survivant du mieux qu'il puisse à l'ambition des femelles.
Tomber sous les coups de l'ennemi, ou périr avec lui par la magie destructrice de sa supérieure, voilà quelle était sa voie.
Il la refusait de toutes ses forces, mais quel choix avait-il ?
Sans magie, il n'était rien.
Au mieux, il était complémentaire.
Alors qu'il fallait être exponentiel.
 
Mais ce combat lui avait offert une autre perspective.
Oui, l'armée Druchii était puissante.
Oui, les sorcières étaient les plus fortes.
Mais que tout cela valait-il face à la pluralité du monde ?
Alaï l'avait vu : les elfes noirs connaissaient bien les elfes blancs, mais ils ignoraient tout des autres.
Quelque soit ses alliés chez les Druchiis, Alaï ne pouvait compter sur eux.
Ses rivales sauraient les combattre, s'ils ne le trahissaient pas avant.
Mais avec des alliés des autres races, quel serait le résultat ?
 
"Oui ... C'est ça ... un peau-verte sera toujours moins traitre qu'un elfe noir ...
Et ces faibles humains, corrompus par le Chaos, seront toujours plus manipulables qu'une sorcière ...
Oui ... la voilà ... C'est la voie qu'il me faut ..."
Alaï quitta la pièce, toujours plongé dans ses pensées.
Il s'imaginait déjà, à la tête d'une armée gigantesque d'orques et de chaotiques, forçant le Roi-Sorcier en personne à lui baiser les pieds, pendant que la planète entière érigeait des statues à sa gloire.
 
Alaï était un elfe noir. Son ambition était dévorante, sans limite.
Il aurait pu être un grand général. Un puissant combattant.
Mais il lui manquait une chose, essentielle : la magie.
Alors il en avait obtenu une autre, exponentielle : le pragmatisme.
3/6/2009

Paritas, Bhark et Natas - Question de dosage

[Après avoir détaillé la rencontre fictive entre mon nain et mon impérial, je vais présenter ici la rencontre entre ces deux lascars et mon elfe.
Ce dernier étant cantonné à la défense d'Ulthuan, de part son niveau assez bas et son tempérament paisible, ce sont donc les deux autres qui font le déplacement.
La boucle sera ainsi bouclée, et j'aurai une justification roleplay dans le jeu lorsque je passerai d'un perso à l'autre pour aider la même personne/guilde.]
 
Ces derniers jours n'avaient pas été fameux.
"Cauchemardesque" était certainement l'adjectif le plus approprié à ce qu'avait vécu Paritas.
Lui qui n'avait jamais connu la violence. Lui qui avait orienté sa vie vers le soulagement et la protection.
Le spectacle dont il avait été le témoin, et dont il avait été acteur, avait marqué son âme au fer rouge.
 
Les corps martyrisés qui s'entassent, les cris de haine et de douleur qui couvrent à peine le choc des armes et des magies.
Le sang giclant sur sa tunique, ses frères tombant comme des mouches sous les dagues des furies, beautés noires au coeur aussi sombre que sauvage.
La vision suréaliste de ces gardes noirs avançant malgré les coups et les énergies, comme si le monde entier n'existait pas.
Et que penser de ces sorcières ... Abusant de leur propre puissance jusqu'à l'auto-destruction ... Un non-sens pour un Haut-Elfe.
 
Combien de jeunes femmes avait-il englouti dans ses flammes, les regardant se débattre désespérement d'un feu qui ne peut être éteint ?
Combien de compagnons avait-il laissé dans les bras glacés de la mort, trop occupé à soigner ceux assez valides pour continuer le combat ?
Combien de mains s'étaient tendues vers lui, pour le supplier et le maudir, sans qu'il n'y réponde ne serait-ce que d'un regard ?
 
Paritas avait vécu la guerre. Et une partie de lui-même n'y avait pas survécu.
 
L'assaut Druchii avait cessé plus vite que d'habitude, sans que l'on sache trop pourquoi.
Profitant de ce répit, les défenseurs pansaient leurs blessures et régénéraient leur esprit.
Fidèle aux enseignements millénaires, ils chassaient toute émotion extrême.
Les elfes noirs n'étaient que pulsions. Les haut-elfes ne devaient être que raison.
Paritas se mit en quête de matériaux, pour que leurs apothicaires puissent en tirer des potions de soin.
Sa magie n'était peut être pas exceptionnelle, mais ses connaissances faisaient de lui, en plus d'un faiseur de talisman expert, un collecteur averti.
Les guerriers étant trop fourbus pour crapahuter dans la nature, les tâches de collecte revenaient souvent aux magiciens.
 
Marchant de ci de là pendant de nombreuses minutes, Paritas finit par entendre des cris.
Guidé par ces voix qui n'étaient pas elfes, il arriva à la source de celle-ci ... et la scène le laissa sans voix.
Un disciple de Khaine et un garde noir affrontait un humain et ... un nain ?!
Que faisait cet ennemi à l'arrière des lignes défensives ?
Et surtout d'où sortaient ces deux personnages ?
 
Les nains et les humains vivaient en assez bons termes, mais les voir ensemble ... et en Ulthuan en plus !
Paritas se surprit à analyser le combat, comme s'il regardait une démonstration entre maîtres d'épée d'Hoeth.
 
L'humain était faible.
Ses mouvements étaient désordonnés, maladroits. Même un néophyte comme Paritas le remarquait.
Son adversaire, garde noir de son état, semblait s'amuser avec lui, le baladant de gauche à droite comme on le ferait avec un enfant.
Le nain n'était pas plus efficace.
Il tentait tant bien que mal d'esquiver les lames courbes du disciple de Khaine, mais ce dernier aspirait sa force vitale à chaque blessure.
Le temps jouait contre eux. Ce n'était plus qu'une question de seconde avant que le duo ne tombe sous les coups des Druchii.
 
Paritas hésita.
Devait-il les aider ?
Valait-il le coup de sacrifier trois personnes au lieu de deux ?
Et s'il mourrait, qui irait prévenir ses camarades que l'ennemi avait trouvé le moyen de contourner leur position ?
Puis il vit une ombre bouger par delà les buissons.
C'était une sorcière, en train d'incanter un sort de son cru. Le coup final allait être porté.
 
Paritas n'hésita plus.
Il courut au devant de ces misérables, préparant ses meilleurs sorts.
Tant des siens étaient morts sans qu'il ne puisse rien faire. Il avait le choix maintenant.
Et il choisit de protéger et de soigner.
 
La sorcière lança son sort de glaciation avant que Paritas ne puisse avertir les pauvres bougres.
Surpris par ce torrent de givre noir, ils hurlèrent à l'unisson, sous les rires sadiques des Druchii.
Arrivé à portée, Paritas lança son aura de soin, puis un sort d'entrave sur le garde noir.
Conscient qu'il n'avait gagné que quelques secondes, il fit face à la sorcière, prêt à l'affronter au corps à corps, le seul terrain où il avait encore une chance.
La sorcière lui adressa une insulte puis pointa son baton vers lui, alors qu'il se précipitait au contact.
C'était fichu, elle allait le foudroyer sur place, sans qu'il puisse lui porter ne serait-ce qu'un seul coup.
 
Une boule de cuir déboula alors devant lui. Avec une vitesse et une agilité que ne renierait pas un Lion Blanc, l'humain était sorti des flammes glacées.
En un seul élan, il avait fait un roulé-boulé et s'était placé sous la sorcière, le pistolet braqué dans le menton de celle-ci.
Cela n'avait duré qu'un instant. Puis, pendant ce qu'il a semblé être une éternité, humain et elfe noire restèrent sans bouger. Et le coup parti.
La sorcière s'écroula en arrière, sous la force de l'impact à bout portant.
Mais l'humain était déjà reparti à l'assaut du garde noir.
 
Réalisant soudain le danger de ce sous-être au revolver, le disciple de Khaine s'interposa entre lui et le garde noir, toujours entravé.
La dernière chose qu'il entendit fut un clic. Et l'univers entier prit la direction des airs.
Le nain, feignant la fatigue, avait truffé le sol de pièges explosifs. Il s'était laissé affaiblir pour inciter le disciple à s'approcher.
L'explosion repoussa tout le monde dans un nuage de terre.
Si le bruit n'avait pas suffi, la colonne qui s'élevait maintenant indiquait aux Haut-Elfes que quelque chose n'allait pas.
Les renforts allaient arriver. La sorcière avait rejoint ses ancêtres. Le disciple de Khaine suivait le même chemin, achevé au sol par l'humain sans une seconde d'hésitation.
Ne restait plus que le garde noir, à peine ébranlé par la puissance de l'explosion.
C'était du 3 contre 1. Les augures étaient en la faveur de Paritas et de ses deux alliés de circonstance.
Hélas, une furie, sortie nulle part, se dressa devant l'archimage.
 
Ses deux alliés de fortune, sonnés en plus d'être affaiblis, étaient déjà en difficulté face à la machine de mort Druchii.
S'ils étaient pris à revers par la furie ... s'en étaient finit d'eux, et de Paritas par la même occasion.
Ce dernier n'eut plus le choix. Il serra les dents et attaqua la furie au contact.
Il devait l'empêcher d'atteindre son pendant en armure.
Il devait continuer de soigner ses nouveaux alliés.
Car s'ils tombaient, il tomberait aussi.
 
Les secondes qui suivirent semblèrent des heures.
Chaque coup de dague lui arrachait une part de son âme.
Mais le jeune elfe tint bon, animé par sa magie devenue force vitale.
La robe souillée de son propre sang, il restait debout, continuant encore et encore à incanter, régénérant ses blessures et celles du duo, bombardant ses noirs cousins de sorts offensifs dont il ne se serait jamais cru capable.
Il lutta de toutes ses forces contre l'inconscience qui dévorait goulument son esprit.
La dernière image que Paritas vit de ce combat, fut la Furie, soudain devenue fleur, son sang se faisant pétale, ses entrailles se faisant pistil.
Et ce fut le néant.
 
"C'est juste une question de dosage ..."
La clarté de la Lune s'immisca dans l'esprit assoupi de Paritas.
 
"De dosage ? Tu te rends compte que si j'avais été plus près, j'aurai été pulvérisé moi aussi ! !"
Des voix trop brutales pour être elfiques guidèrent le jeune elfe vers la conscience.
 
"N'importe quel Nain y survivrait ..."
Paritas réalisa qu'il faisait nuit ... et qu'il était vivant.
 
"Au cas où tu ne l'aurais remarqué, je ne suis PAS un Nain !"
Paritas était à son camp de base.
Le duo était assis non loin de lui, visiblement en train de se chamailler.
 
"Ca ne t'a pas empêché de nous perdre dans cette sale forêt ! Ne joues pas au guide si tu n'en es pas un !"
Le nain et l'humain étaient bandés, et des tâches de sang émaillaient le tissu.
Paritas se demanda comment on pouvait crier aussi fort en étant aussi meurtri.
 
- "Moi, au moins, je suis assez grand pour voir où je mets les pieds !", lança l'humain.
- "Alors tu es assez grand pour ne pas marcher sur mes mines !", rétorqua le nain.
Les deux personnages étaient face contre face, prêt à se manger le nez dans la seconde qui suit.
Peu habitué à tant de gesticulations, Paritas resta interdit, persuadé que l'étripage était proche.
Le duo le remarqua.
 
- "Tiens, notre sauveur est sur pieds ! Alors, quel effet ça fait d'être le héros du jour ?"
- "Laissez-moi saluer votre courage. Sans vous, nous serions au menu de ces créatures chaotiques, ou pire encore."
Paritas ne sut que répondre à un tel changement de comportement.
Ils étaient prêt à s'écharper mutuellement il y a encore un isntant, et maintenant ils lui lançaient de grands sourires.
 
- "Heu ... m... merci. J'ai agi sous le coup de l'émotion. Et ... ce n'est pas ... à mon honneur."
Son Impérial, la langue parlée par ces deux inconnus, était hésitante. Autant par manque de pratique, que par manque de confiance en soi.
- "Bla bla bla ! Qu'est-ce que tu racontes ? Tu as sauvé notre peau, au risque de la tienne. Où est le déshonneur là-dedans ?"
Paritas regarda la boule de barbe qui s'adressait à lui.
Il devait être plus jeune que lui, sans parler de l'humain, mais l'un comme l'autre affichait une assurance qu'il n'aurait probablement jamais.
Avaient-ils seulement conscience que la mort les avait effleurés ?
 
- "Ce que mon ami veut dire, c'est que nous vous devons une fière chandelle, et que vous avez fait preuve de grands talents."
- "Je ... heu ... merci ..."
Cet humain ne devait pas connaitre grand chose à la magie, Paritas n'ayant utilisé que des sorts mineurs, à peine dignes de ses pairs.
S'il avait été si talentueux, un seul geste de sa main aurait énucléé les Druchii en un instant. Dans les faits, il avait surtout servi de sac de sable ...
Néanmoins, ces compliments lui firent du bien.
Lui qui était si peu confiant en ses capacités, lui qui avait vu tant de ses rares certitudes vacillées ...
Paritas remarqua alors que ses blessures étaient résorbées, tandis que le duo n'avaient reçu que des premiers soins basiques.
Il prit conscience que, bien s'il se trouva au camp Haut-Elfe, il était néanmoins à l'écart.
On l'avait soigné lui, mais pas eux.
 
Si la présence de l'humain était tolérable, celle du nain ne le serait jamais.
La plus grande tolérance dont les haut-elfes étaient capables se résumait à l'ignorance pure et simple.
Les moins ouverts leurs lançaient déjà des regards réprobateurs, voir des paroles pleines de sarcasmes, en viel elfique pour ne pas provoquer la réaction des hôtes.
 
Ces attitudes déplurent à Paritas.
Ce n'étaient pas des créatures aussi civilisées qu'eux, loin s'en faut, mais elles n'étaient pas des monstres.
Ils s'étaient vaillement battus, alliant force et intelligence, maîtrise et instinct. Du moins, selon leur niveau d'évolution.
Et plus que tout, ils apportaient un peu de sourire à un campement où la gravité était la norme.
 
"Depuis combien de temps n'avons-nous pas ri, chanté et dansé ?" se chuchota tristement Paritas à lui même.
 
- "Pour le chant et la danse, je ne promets rien, sauf si tu nous offres un peu de ta boisson elfique." répondit le nain, à l'ouie fine.
- "P-Pardon ?"
- "Ca ne vaudra jamais la bière naine, mais j'aimerais quand même y gouter ... pour voir la différence, tu vois."
- "C'est que ..."
- "En langage nain, gouter veut dire 3 tonnelets minimum. Par ailleurs, j'en prendrai bien une rasade, moi aussi.", renchérit l'humain, un sourire en coin.
- "..."
 
Quelles étranges créatures.
Elles avaient à peine survecu à une escarmouche avec l'ennemi.
Et elles fêtaient cela comme la victoire finale.
Paritas sourit à son tour.
 
- "D'accord, je vais nous chercher ça. Et vous me raconterez ce qui vous amène dans notre - sale - forêt.", leur répondit Paritas, l'air taquin.
- "Ah, heu ... Tu étais réveillé ... Ben, c'est pas qu'elle soit sale, mais ... il y a trop ... heu ... de vert ... et ...", bredouilla le nain.
- "N'aggrave pas ton cas, Bhark. Nous sommes ici à la recherche d'une faiseur de talismans."
- "Des talismans, bah ! Une bonne mine sera toujours plus efficace que ces babioles !", lança le nain, content de trouver un terrain plus familier.
- "Avoues plutôt que toutes tes tentatives pour en faire un t'ont explosé à la figure ...", lui répondit l'humain.
- "Bah ! Juste une question de dosage ..."
- "Oui, le dosage ... c'est tout ton problème ..."
- "Dis donc, gamin ! Quand tu sauras faire ta propre poudre, tu pourras me donner des conseils de dosage !"
- "En tout cas, jusqu'à maintenant, je ne suis pas tombé dans un trou parce que les herbes étaient plus hautes que moi !"
- "Tu ... tu ... ! ! !", s'étouffait le nain.
 
Laissant le duo à leur gentille querelle, Paritas se dirigea vers les réserves de vivres.
Les tonnelets s'entassaient ici, personne n'ayant le coeur à les ouvrir.
"C'est étrange ...
Un simple sourire, et le ciel devient plus clair ..."
 
Paritas gouta un tonnelet.
 
"Hum ... Fameux. A la fois sucré et amer.
Parfaitement équilibré.
...
La vie c'est comme le vin, finalement ...
Juste une question de dosage ..."